|
|
Barre
et puis quoi ? Barre, point. (pas de jeu de mots). Barre à chaque
concert commence et met un terme à tout. Génie de la forme —
parce que pour le fond il ne craint personne. Un Barre ici plus
agressif que souvent, avec un plaisir, une jouissance plutôt
à faire sonner tous les sens de la b(B)ass(rr)e. La basse à Barre.
Toujours pareil avec Barre. D'abord l'impression que la chronique s'écrira
en 5 minutes tellement la musique coule de source. Et puis ça résiste
parce que c'est beaucoup plus complexe — j'écoute encore et je m'y perds
— toujours aussi beau, davantage (je monte le son pour avoir le volume
naturel de la basse, ne rien rater des nuances et des impacts), mais
les mots ne sont plus adéquats. Il faut du temps pour que ça devienne
un moment tout simple. Saisir alors ce moment là, écrire la chronique
et l'envoyer, parce que c'est juste un passage.
Il y a une perfection qui est propre à Barre. D'abord l'imaginaire n'a
aucune part dans son jeu, il ne s'imagine rien, il joue tout et je prends
les paris qu'entre ce qu'il entend dans la tête et le son qui nous parvient
la différence n'est pas d'un cheveu. Ce qui fait se demander d'où ça
sort, captivés par chaque instant (les réécoutes servent aussi à calmer
un peu l'inquiétude "d'où
ça sort ?") et la mémoire s'efface de qui a précédé ; comment parler du concert complet
dans ces conditions ? réécouter…
Un Barre trépignant et dansant sans souci d'élégance ou de musicalité,
la musique vient en plus. Une image de bonheur du corps, tout dans le
mouvement du corps. Un Barre comme jamais dans la danse de son instrument
: comment danser quand le corps est arrêté par la grosse machine de la
contrebasse. C'est l'amour qui fait danser, du bout des doigts, dans
les moindres mouvements. Je pense aux danseuses indiennes qui savent
rebondir d'un mouvement de doigt de pied. On entend aussi dans le jeu
de Barre les trépignements, les chocs du talon sur le sol. C'est un Barre
possédé qui jouait ce soir là.
Noël TACHET Impro Jazz
|
|